Comment amener la population congolaise à devenir acteur de l’assainissement local ?
La population de certains quartiers de Kinshasa et des autres grandes villes de la RD Congo a l’habitude de jeter les déchets ménagers n’importe où. Ce sont surtout les caniveaux et les cours d’eaux qui recueillent une bonne quantité des déchets dégradables et non dégradables.
Pour bon nombre des gens, c’est l’Etat qui doit assurer l’évacuation de ces déchets. Et pourtant, l’assainissement du milieu de vie est l’affaire de tout le monde.
Comment amener la population congolaise à devenir acteur de l’assainissement local ?
C’est ce qui ressort de la réunion d’échange organisée ce 12 juillet 2025 par l’Asbl AMOJA avec les Conseillers communaux des 24 communes de la ville Province de Kinshasa.
Pour rappel, c’est dans un communiqué du 12 mars 2025, que le Ministère provincial de l'Environnement, Propreté Publique et Embellissement de la ville de Kinshasa avait décrété l’exécution obligatoire des travaux d’assainissement, dit « Salongo », chaque samedi de 08 h 00’ à 11 h 00’ sur toute l’étendue de la capitale congolaise. Cette mesure, qui visait à assainir la ville et à débarrasser les tonnes d’immondices qui polluent l’environnement, était entrée en vigueur le samedi 22 mars 2025. Bien que le Ministère avait sollicité la participation des opérateurs économiques, des églises, des institutions publiques à s'impliquer dans la matérialisation de cette activité, qui s’inscrit dans la vision du Gouverneur Daniel Bumba, déclinée dans son programme dénommé « Kinshasa Ezo bonga», la ville est et demeure insalubre.
Aujourd’hui, les populations manquent d’enthousiasme face à cette obligation. Certains vont même jusqu’à juger que le Salongo paralyse beaucoup d’activités viatiques, lucratives des citoyens qui paient pourtant des taxes et impôts à l’état pour lutter contre l’insalubrité dans les milieux urbains ainsi que ruraux ! En creusant davantage les méninges sur ce relâchement, les Conseillers communaux sont arrivés à la conclusion suivante : « il leur faut créer des partenariats avec des organisations et entreprises qui offrent le service de gestion des déchets ».
Poursuivant leur analyse, ils ont relevé que tous les textes en la matière sont tombés en désuétude. Les textes régissant la gestion des déchets ne sont pas appliqués. Il sied portant de constater que la ville de Kinshasa est l’unique ville où plusieurs « opérations d’assainissement » furent organisées : « Salongo 17 » (sous régime Mobutu). « Kin la belle » lancée sous les gouverneurs Théophile Bemba (1997-2001) et Christophe MUZUNGU (mars-décembre 2001). « Coup de poing » sous Jean Kimbunda M. (2004-05). « Salubrité publique » du gouverneur Kimbembe Mazunga (2005-06). André Kimbuta Yango (2006-11). « Opération Kinshasa ville propre » et « Kin bopeto » avec le Gouverneur Gentiny Ngobila. Sous ce dernier, des moyens ont été mis en œuvre par l’Union européenne avec objectif : le nettoyage de la ville de Kinshasa. Et naguère, par l’arrêté n° SC/088 du 10 mai 2010, fut décrété « un Salongo obligatoire » chaque week-end et chaque jeudi à la ville de Lubumbashi. Malheureusement, tous ces textes réglementant et accompagnant ces opérations d’assainissement ont accusé une défaillance totale dans leur mise en pratique ! Les Conseillers communaux reconnaissent que la gestion des déchets est un grand défi, et pour Kinshasa et pour les autres villes du pays. Et ce défi se situe au niveau de la politique de la collecte, de l’évacuation, le transit et la transformation des déchets. D’où l’impérieuse nécessité d’initier un plan d’actions d’assainissement communautaire d’urgence, tout en relevant qu’il faille mettre sur pied un mécanisme dans lequel le gouvernement a la responsabilité des stratégies et de la politique en matière de gestion des déchets ; et que l’opérationnalisation relève des attributs des municipalités et communautés. Les municipalités ont l’appui avec les taxes, les amendes transactionnelles, la brigade quant à ce, etc. La sensibilisation à la salubrité est aussi de la responsabilité des communes !
Les échanges ont permis de dégager plusieurs pistes concrètes de solutions adaptées au contexte congolais :
- Sensibiliser la population à travers des campagnes locales sur l’importance de la propreté et les conséquences de l’insalubrité ;
- Responsabiliser les leaders communautaires (chefs de quartier, de rue, etc.) pour mobiliser les citoyens à travers des actions régulières ;
- Organiser des journées communautaires d’assainissement pour encourager la participation collective ;
- Valoriser les jeunes délinquants en les intégrant dans le projet comme main-d’œuvre active, encadrée par le Mouvement Jaune et les points focaux ;
- Mettre en place un mécanisme d’évaluation participative, afin que les habitants suivent les progrès et s’approprient l’impact des actions. Une collaboration active a été décidée entre le Mouvement Jaune et les points focaux (conseillers communaux) pour piloter ce projet d’assainissement qui s’aligne sur la mission du Mouvement Jaune : promouvoir la propreté, la transparence et l’éthique dans la gestion publique dès la base ; développer le leadership communautaire des jeunes et lutter contre les anti valeurs et promouvoir l’entrepreneuriat citoye
Farida Eliaka
Responsable de la Cellule Communication